L’impact des sources de motivation dans le sport élite

Benjamin Chavaillaz  (BC), ex-hockeyeur pro

Libéré du HC Gottéron en 2023 et après quelques matchs avec le HC Villars 1908 en 2e ligue cette saison, le hockeyeur Vaudois de 36 ans Benjamin Chavaillaz semble avoir définitivement raccroché ses patins.

Une décision prise notamment en raison de douleurs physiques et l’occasion d’évoquer avec lui l’impact des sources de motivation dans le sport de performance.

PS : Qu’est-ce qui a été le plus difficile : quitter le HC Gottéron ou recommencer avec le HC Villars ?

BC : C’est vrai que lorsque l’on s’est croisé l’été passé, je t’avais dit que le hockey pour moi c’était terminé (rire).Puis surprenamment, j’ai joué cette saison avec Villars. J’étais régulièrement sur la station pour travailler avec mon père qui gère le bowling, ce qui m’a beaucoup aidé à me changer les idées.  

J’ai croisé  le président, Michaël Bochatay, et le coach, Alain Darbellay, qui m’ont proposé de venir jouer avec eux. Finalement, la perspective de patiner à nouveau m’a remotivé. Honnêtement, après mon départ de Fribourg et tout ce que cela avait impliqué mentalement,  j’étais presque angoissé de retourner dans un vestiaire. 

Je me posais des questions :  est-ce que j’allais tenir, avoir assez de temps et d’énergie. J’ai fait 7 matchs avec plaisir malheureusement les douleurs physiques étaient bien là et la récupération de plus en plus difficile.

PS : Effectivement l’été passé tu ne voulais plus entendre parler de hockey, qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

BC : Dans la tête j’aurais voulu continuer encore et encore à jouer en National league mais mes problèmes osseux aux hanches me procurent tellement de souffrance physique que cela devenait ingérable.Il est clair que les douleurs vont avec la motivation ; quand tu sens que tu ne peux plus évoluer à 100 %, c’est frustrant et cela bloque tes performances. 

Je pense que lorsque les gars m’ont proposé de jouer à Villars, je n’avais pas encore digéré tout à fait l’idée de devoir arrêter complètement. C’est un processus mental que tu dois accepter et j’avais encore une certaine espérance de pouvoir m’éclater sur la glace.

PS : Lorsque tu jouais à Gottéron en ligue nationale,bénéficiais-tud’un coaching mental ?

BC : Pas vraiment, on avait une personne qui venait de temps en temps mais pour des séances plutôt en groupe. Cette personne était aussi disponible si l’on avait besoin de discuter seul avec, mais les joueurs qui ressentent le besoin de coaching mental spécifique, c’est une démarche privée.

C’est vrai qu’avec le recul tu prends conscience de l’importance d’un tel soutien psychologique tout au long de ta carrière et cela manque dans les clubs.

PS : Peux-tu identifier la qualité de tes performances selon ton état d’esprit ?

BC : Oui tout à fait. J’ai commencé à jouer avec les adultes à 16 ans, là tu évolues en tant que personne, ta personnalité change, des choses qui, ne te touchent émotionnellement pas avant, prennent plus de place dans ton esprit.Il faut apprendre à gérer cela et rester focus dans ton match. Bien sûr, il y a des down et tu as conscience que tes performances sont moins bonnes mais ça t’oblige à te surpasser, c’est la force mentale !Le sport t’emmène une discipline solide, c’est une école de vie.

PS : Comment gérer quand tu n’es pas en phase avec ton environnement ?

BC : Avoir un entourage sain est important. Lorsque tu ne te sens pas considéré dans ton équipe, ça crée un malaise ; si par contre tu as le soutien des gars, ça t’aide à traverser les moments plus difficiles. Quand ça ne va pas, il faut en parler, se faire accompagner et agir pour que ça change ! Il y a des choses que tu ne peux pas contrôler mais il faut avoir la conscience tranquille et faire en sorte que tu n’aies pas de regret quoiqu’il arrive.

PS : A quel moment la motivation fait la différence ?

BC : La motivation c’est le plaisir que tu as à jouer, c’est un facteur clé pour le développement du sportif élite. Le fait de rester focalisé sur ton jeu fait ressortir tes points forts. Tu mets en place des rituels qui sont rassurants et guidants. Si tu as fait un mauvais shift, tu «reset» et tu te concentres directement sur le prochain shift. 

PS : D’ailleurs quelles seraient les sources de motivation pour un hockeyeur pro ? 

BC : Le hockey est un sport d’équipe. Avec les gars du vestiaire, nous passons une bonne partie de notre quotidien ensemble et ça nous soude les uns aux autres. S’il y en a un qui va moins bien, les autres se bougent pour lui et pour garder l’équilibre de l’équipe. 

Ça c’est une motivation positive qui impacte les performances. Aussi chacun a son rôle dans le vestiaire, cela te donne une identité, une référence qui te valorise. On est humain, il y a des moments de doutes et des moments euphoriques mais tes performances personnelles sont la source de ta progression.

PS : Comment avais-tu vécu ton départ de Fribourg sonnant ta retraite sportive ?

BC : Il m’a fallu digérer le fait de pas être renouvelé, même si tu te prépare mentalement, tu n’es jamais prêt pour ça. Tout à coup tu dois sortir concrètement de ta bulle et vivre le moment. 

Tu vis de ta passion pendant des années,c’est une chance, mais après il faut se réinventer une nouvelle vie avec d’autres choses qui donnent un sens à ton quotidien. J’ai ressenti comme une perte d’identité. 

Tu passes d’une vie très cadrée, presque ritualisée et tout à coup tu es face à une grosse remise en question. Jouer m’a manqué, l’atmosphère du vestiaire, les émotions fortes pendant les matchs…Dans mon cas, c’étaient les douleurs physiques qui ont pris le dessus ; j’étais finalement plus dans la souffrance que dans le plaisir. 

PS : Désormais Sportif retraité, quel est ton projet motivant ?

BC : J’avais obtenu un CFC dans la vente quand j’étais au LHC, aujourd’hui je travaille en tant que commercial. On a longtemps sous-estimé l’aspect de la reconversion pour les joueurs pro, maintenant il y a des associations qui entrent en contact avec les sportifs pour les aider à se reconstruire, c’est un bon soutien.

J’aimerais rester dans le monde du hockey et travailler avec les jeunes dans la formation ; j’apprécie tout ce qui est pédagogie, encadrement… J’ai besoin de donner un sens à ma nouvelle vie, de retrouver ma propre identité. Amener mon expérience aux jeunes hockeyeurs, ce serait vraiment une motivation… 

Texte :Julia Delattre

Photos : Benjamin Chavaillaz

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